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Semaine 25 — 18 juin 2026

Combien coûte vraiment l'IA ?

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7 min — Alex & Sarah

Le mot de la semaine

Le week-end dernier, le gouvernement américain a débranché le modèle d'IA le plus puissant du marché. Du jour au lendemain, dans le monde entier.

Le 12 juin au soir, Anthropic reçoit une directive du Secrétaire au Commerce. Quelques heures plus tard, Fable 5 et Mythos 5 sont coupés. Pour tout le monde, partout. Motif officiel : une faille de sécurité "potentielle, étroite et non universelle", jugée question de sécurité nationale. Les modèles avaient trois jours d'existence.

Je trouve ça vertigineux. Pas tant la faille en elle-même. Plutôt ce que ça révèle : une technologie qu'un État peut éteindre d'un trait de plume, et dont la moitié de la planète dépendait déjà. Ça m'a poussé à creuser une question que je remets depuis trop longtemps : au fond, combien ça coûte vraiment, tout ça ? Et à qui suis-je en train de me lier ?

Sur le terrain : l'effet d'aubaine

Je vois de plus en plus de dirigeants tomber amoureux de leur abonnement IA. Et je les comprends.

Pour 20, 100 ou 200 euros par mois, certains font tourner une quantité de travail qui, facturée au prix réel de l'API, coûterait dix, vingt, parfois cent fois plus. Le cas est documenté : un utilisateur intensif d'un outil de code peut consommer en un mois l'équivalent de plusieurs milliers d'euros de calcul, pour un forfait à deux cents. Ce n'est pas une légende. C'est l'effet d'aubaine du moment.

Cette aubaine n'est pas un prix. C'est une promotion. Quelqu'un, quelque part, la finance pour vous attirer et vous garder.

Et là, je lève un peu la main pour tempérer l'enthousiasme. Profiter de l'aubaine, oui, à fond. En dépendre pour un process vital de votre entreprise, c'est une autre histoire.

La réflexion

Combien ça coûte vraiment ?

L'énergie, d'abord

On entend souvent qu'une requête IA consomme dix fois plus qu'une recherche Google. C'était vrai en 2023. Ça ne l'est plus. Une requête simple tourne aujourd'hui autour de 0,3 Wh, à peu près ce que coûtait une recherche Google il y a quinze ans. Le matériel a énormément progressé.

0,3 Wh

par requête simple aujourd'hui

415 TWh

consommés par les data centers en 2024 (1,5 % de l'électricité mondiale)

1 000 TWh

prévus d'ici fin 2026, soit la consommation annuelle du Japon

Le vrai sujet n'est pas la requête, c'est le volume. Le prix par requête baisse, mais on en fait tellement plus que la facture totale explose. C'est le paradoxe de Jevons : on rend une ressource plus efficace, et on finit par en consommer davantage.

Vendent-ils à perte ?

C'est l'intuition courante : OpenAI et Anthropic brûleraient de l'argent sur chaque token pour créer une dépendance. C'est un raccourci, et la réponse est plus subtile, et plus intéressante.

Sur l'inférence brute, c'est-à-dire le coût de vous répondre, ces entreprises gagnent probablement de l'argent. Les analyses sérieuses (Epoch AI, SemiAnalysis) situent la marge brute entre 30 et 70 %. Mieux : le prix réellement payé par les gros usages est souvent bien inférieur au tarif affiché. Une analyse estime le coût "réel" d'un modèle de pointe autour de 1 dollar par million de tokens, là où le catalogue annonce 5 à 25. L'optimisation technique fait des miracles.

~1 $ / M tokens

coût réel estimé d'un modèle de pointe, contre 5 à 25 $ affichés au catalogue.

Alors où part l'argent ? Dans la course à l'innovation. OpenAI a brûlé environ 9 milliards de dollars en 2025 et en projetterait 14 de pertes en 2026. Ce qui creuse le trou, ce n'est pas le token qu'on vous vend, c'est l'entraînement du modèle suivant, et la guerre d'infrastructure. Les deux phrases "ils perdent des fortunes" et "votre token est rentable" sont vraies en même temps. Tout dépend du point de vue. Question de position perceptuelle, dirait-on en PNL.

Et la seule vente à perte vraiment confirmée publiquement ? L'abonnement Pro d'OpenAI à 200 dollars, de la bouche de Sam Altman lui-même. Pas le forfait à 20, bien que certaines études le disent. Le seul abonnement rentable du point de vue du fournisseur ? Claude.ai à 20 dollars. Sur le reste, en tant que consommateur, vous faites un bonus, jusqu'à 14 fois la valeur comparé à un achat "API". Certes, c'est un package commercial, mais très généreux.

La stratégie, et sa solidité

Donc, pourquoi cette générosité ? Trois logiques se superposent.

Modèle assurantiel

Les utilisateurs occasionnels paient pour les gros consommateurs.

Conquête de terrain

On vous habitue, on installe vos méthodes de travail dans l'outil, et on verrouille.

Produit d'appel

Le forfait grand public mène vers le contrat entreprise, lui, au vrai prix.

Est-ce soutenable ? La correction a déjà commencé, en silence. On ne monte pas les prix de façon spectaculaire. On resserre discrètement les quotas : limites hebdomadaires, plafonds aux heures de pointe, contextes longs facturés double. En mars 2026, 114 modèles sur 483 suivis ont changé de tarif. Un responsable d'OpenAI a même qualifié sa propre tarification d'"accidentelle" et annoncé qu'elle allait "évoluer significativement".

Traduction : profitez-en maintenant, ça ne durera pas sous cette forme.

Le vrai risque : la dépendance

Et c'est là que l'épisode Fable prend tout son sens. On débat du risque de dépendre d'un fournisseur pour ses prix. Le week-end dernier, on a vu qu'on pouvait en dépendre pour son existence même. Un modèle coupé en une soirée, par la décision d'un État étranger, pour des entreprises du monde entier qui avaient bâti dessus.

Deux choses me frappent. D'abord, un certain retour de bâton. Dario Amodei, le patron d'Anthropic, passe son temps à expliquer qu'il faut "arrêter" l'IA car elle devient potentiellement dangereuse. Le gouvernement l'a pris au mot. Ses propres alertes ont fourni la justification de l'intervention, sur un modèle qui, aussi bon soit-il, ne marque pas un saut si fondamental selon mon expérience. Le récit du danger s'est retourné contre son auteur.

Ensuite, et c'est le plus important, cela montre le poids géopolitique de cette technologie. En Europe, plusieurs responsables ont parlé de "signal d'alarme" sur la souveraineté, en citant Mistral et OVHcloud. L'IA devient une infrastructure critique, au même titre que l'électricité ou le réseau. On ne laisse pas un autre pays tenir l'interrupteur...

...ce à quoi je répondrais qu'un pourcentage conséquent de nos infrastructures IT, mail, office... tournent sur des technologies américaines : Amazon AWS, Microsoft Office & Azure, Google Workspace et Cloud. Penser que seule l'IA est à risque est faux, la souveraineté englobe bien plus... et c'est bien que nos dirigeants se réveillent.

Ma conclusion pratique, pour une PME

Pensez hybride. Les modèles par abonnement ou API pour le gros du travail quotidien, c'est parfait et c'est une aubaine. Mais gardez une carte en main pour vos usages vraiment critiques : un modèle ouvert, exécutable ailleurs, voire en local (Mistral, Llama et consorts tournent désormais sur du matériel raisonnable). Ne mettez jamais tout votre processus vital sur un seul robinet qu'un tiers, ou un État, peut fermer.

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Bonne semaine,
Laurent Dupont
IAStratégie360
dupont.laurent@iastrategie360.com

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