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Semaine 35 — 27 août 2026

« C'est fait avec de l'IA, c'est pas bien »

Anthropic filigrane le texte de Claude, LinkedIn ajoute un bouton "AI slop". Savoir d'où vient un contenu, oui. Le condamner parce qu'il vient d'une IA, non.

Mark Rothko, No. 61 (Rust and Blue), 1953 : champ de couleurs rouille sur bleu.
Mark Rothko, No. 61 (Rust and Blue), 1953. MOCA, Los Angeles. ©1998 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko / ARS, New York.

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4 min — Alex & Sarah

Le mot de la semaine

Le débat qui secoue les réseaux en ce moment. Anthropic va marquer d'un filigrane invisible tout le texte écrit par Claude. LinkedIn a ajouté un bouton pour signaler les posts qui ressemblent à de la "bouillie d'IA" (AI slop). Et le code de transparence de l'EU AI Act est entré en vigueur.

On veut savoir ce qui est fait par une machine. C'est sain. Mais je vois déjà se glisser une confusion, et je le lis dans les posts qui proclament une victoire : savoir d'où vient un contenu, et le condamner parce qu'il vient d'une IA, ce n'est pas la même chose.

Sur le terrain

Je l'entends de plus en plus, chez mes clients comme en ligne : "ça, c'est de l'IA", dit sur le ton du verdict. Comme si l'origine suffisait à trancher la qualité. C'est devenu l'insulte facile, et le réflexe défensif d'en face ("je te jure, ce n'est pas de l'IA"). Enfin, pas tout à fait, parce qu'au fond, je crois qu'on s'en moque un peu.

Le problème, c'est qu'on mélange deux questions qui n'ont rien à voir. La première : d'où vient ce contenu ? La seconde : est-ce que ce contenu vaut quelque chose ? La première est une question de provenance. La seconde est une question de valeur. Marquer la provenance, très bien et utile. En faire un jugement de valeur automatique, non : désolé, mais c'est rétrograde.

Prenez le "AI slop" que LinkedIn veut assainir. Le vrai problème n'a jamais été l'IA. C'est la bouillie : le contenu creux, produit à la chaîne, sans intention. Or de la bouillie, on en écrivait déjà très bien à la main. Un contenu vide reste vide quel que soit l'outil, et un contenu utile reste utile même écrit avec une IA. Le tampon "fait par IA" ne dit rien de ça.

La réflexion

Au fond, on rejoue un vieux débat, celui de l'art. Prenons Mark Rothko : deux aplats de couleur, et la moitié de la salle qui soupire "facile, il ne s'est pas foulé". Comparé à un Van Eyck et à ses mois de glacis minutieux, le niveau d'effort n'a rien à voir, c'est vrai. Mais est-ce le bon critère ? Ce qui compte devant un Rothko, ce n'est pas la difficulté technique. C'est ce que ça provoque. Si ça vous marque, si ça résonne, le tableau a fait son travail. Ce sont les tripes qui décident, pas l'effort.

J'assume : la technique m'importe peu, ce qui m'importe, c'est le message. Une idée développée avec une IA peut être excellente. Une image, une musique générées peuvent créer quelque chose de neuf, qui touche. Pourquoi décréter que c'est "moins bien" ? C'est différent, point. Et le juger à l'aune de l'effort fourni, c'est un piège.

Si l'effort était le seul critère de valeur, il faudrait rouvrir les monastères et remettre les moines copistes aux enluminures.

Mais attention, l'autre extrême serait aveugle. Dans un monde où distinguer le vrai du faux devient vital (deepfakes, fausses citations, arnaques), savoir d'où vient un contenu n'est pas un luxe. Le filigrane d'Anthropic, les Content Credentials, les standards de provenance qui se mettent en place : c'est utile, et ça devient la loi. Car falsifier un contenu ou une identité devient de plus en plus facile : le mail de phishing a de beaux jours devant lui.

Le bon standard, pour moi, ressemble à un cartel de musée. Il vous dit l'auteur, la date, la technique. Il vous prévient si vous risquez d'être trompé. Il ne vous dit pas si l'œuvre est bonne. Ça, ça reste votre jugement.

Marquer, oui. Juger à la place du lecteur, non. Les deux plateaux ne pèsent pas la même chose, et il faut arrêter de les confondre, et de lier la valeur à l'effort.

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Transparence oblige, et puisque c'est le sujet : cette newsletter, je la pense, je la dirige, je la corrige, mais elle est rédigée avec un harnais d'agents IA, sur la base de mes idées, de mon style et de mes retours.

Est-ce encore "ma" newsletter ? Oui, sans hésiter. Le fil, les opinions, les choix sont les miens. L'outil n'y change rien. Et maintenant, vous le savez : c'est ça, marquer sans se cacher.

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Bonne semaine,
Laurent Dupont
IAStratégie360
dupont.laurent@iastrategie360.com

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